{"id":374,"date":"2017-11-28T13:04:27","date_gmt":"2017-11-28T12:04:27","guid":{"rendered":"http:\/\/portail.lapossession.ac-reunion.fr\/wordpress\/blogtl-2014\/?p=374"},"modified":"2017-11-28T13:04:27","modified_gmt":"2017-11-28T12:04:27","slug":"les-personnages-des-faux-monnayeurs-sont-ils-libres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/portail.lapossession.ac-reunion.fr\/wordpress\/blogtl-2014\/?p=374","title":{"rendered":"Les personnages des Faux-monnayeurs sont-ils libres?"},"content":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 Gide est n\u00e9 en 1869, il est l\u2019un des pr\u00e9curseurs du Nouveau Roman. Il fonde en 1908 la Nouvelle Revue Fran\u00e7aise. Le roman <u>Les Faux-Monnayeurs<\/u> est le premier roman qu\u2019il ait jamais \u00e9crit. Parall\u00e8lement \u00e0 la r\u00e9daction de son roman il r\u00e9dige <u>Le journal des faux monnayeurs<\/u> et publie ses deux ouvrages en 1925 et 1927. Dans son roman, de multiples intrigues, personnages, points de vue et narrateurs alternent progressivement. On constate \u00e9galement que plusieurs th\u00e8mes y sont \u00e9voqu\u00e9s comme l\u2019amiti\u00e9, l\u2019argent, les femmes, l\u2019homosexualit\u00e9 et la libert\u00e9. Nous nous int\u00e9ressons plus particuli\u00e8rement au th\u00e8me de la libert\u00e9 et \u00e0 son r\u00f4le. On se demande alors si les personnages sont r\u00e9ellement libres. Dans une premi\u00e8re partie nous montrerons que les personnages ont une libert\u00e9 apparente, puis nous verrons dans une deuxi\u00e8me partie que certains personnages ne jouissent pas d\u2019une libert\u00e9 totale.<!--more--><\/p>\n<p>Certains personnages b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;une libert\u00e9, ils sont libres physiquement et moralement.<\/p>\n<p>On le constate tout d&#8217;abord avec le personnage de Bernard Profitendieu, au d\u00e9but de l\u2019\u0153uvre , il d\u00e9couvre un secret familial : il n&#8217;est pas le fils l\u00e9gitime du juge Profitendieu. Apr\u00e8s avoir appris la v\u00e9rit\u00e9 sur son existence s&#8217;ensuit alors une r\u00e9volte contre sa famille, il d\u00e9cide de fuguer, de quitter sa famille car toute sa vie n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un vaste mensonge. En se d\u00e9tachant de sa famille et en s&#8217;\u00e9loignant des contraintes familiales Bernard affirme une qu\u00eate de libert\u00e9, sa b\u00e2tardise le lib\u00e8re de tout, et le d\u00e9livre de toute reconnaissance envers son <em>p\u00e8re: &#8220;heureusement il me semble me souvenir d&#8217;avoir entendu dire que ma m\u00e8re, quand elle vous a \u00e9pous\u00e9, \u00e9tait plus riche que vous. Je suis donc libre de penser que je n&#8217;ai v\u00e9cu qu&#8217;\u00e0 sa charge&#8221;<\/em>. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le domicile familial, il ne sait pas de quoi il va vivre, il ne sait pas o\u00f9 aller, (bien que pour la premi\u00e8re nuit il ait pens\u00e9 \u00e0 dormir chez son ami Olivier Molinier) mais c&#8217;est ce qu&#8217;il recherche. Il ignore qui est son p\u00e8re, il est donc libre d&#8217;imaginer qui il pourrait \u00eatre: <em>\u00abLibre \u00e0 moi d\u2019imaginer que c\u2019est un prince\u00bb, \u00abne pas savoir qui est son p\u00e8re, c\u2019est ce qui gu\u00e9rit de la peur de lui ressembler.\u00bb<\/em> p12. Bernard repr\u00e9sente la jeunesse en qu\u00eate de libert\u00e9 et d&#8217;\u00e9mancipation: (partie I, chapitre 6, p.66<em>) \u00abDans un instant, se dit-il, j&#8217;irais vers mon destin. Quel beau mot: l&#8217;aventure! Ce qui doit advenir.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Boris, le petit-fils de la P\u00e9rouse est lui aussi libre des contraintes familiales puisqu&#8217;il est orphelin de p\u00e8re et vit sans sa m\u00e8re. Bronja, son amie est \u00e9galement priv\u00e9e de figure paternelle.<\/p>\n<p>Puis on peut constater \u00e9galement qu&#8217;Olivier Molinier est en qu\u00eate permanente d&#8217;amiti\u00e9 afin de pouvoir se lib\u00e9rer des liens du sang, et se d\u00e9tacher des relations intrafamiliales. Olivier d\u00e9cide aussi d&#8217;\u00e9tablir des liens avec le comte de Passavant, afin de se lib\u00e9rer de sa jalousie pour Bernard et Edouard. Lorsqu\u2019il voit Bernard et Edouard ensemble sans lui, il se sent trahi et jaloux de d\u00e9pit, il se laisse alors s\u00e9duire par le cynique comte de Passavant. Notamment lorsqu&#8217;il accepte de voyager avec ce dernier, pouss\u00e9 par la jalousie ressentie \u00e0 cause du voyage en Suisse entrepris par Bernard et Edouard.<\/p>\n<p>Quant au fr\u00e8re d&#8217;Olivier, Vincent Molinier, il quitte le chemin trac\u00e9 pour lui. Il aurait pu avoir une brillante carri\u00e8re de m\u00e9decin mais il abandonne ses \u00e9tudes pour ensuite se consacrer aux jeux d&#8217;argent et \u00e0 Lady Griffith, qui est consid\u00e9r\u00e9e comme la femme la plus libre du roman, son mari se trouvant en Angleterre, ayant donc le champ libre et il en profite. Vincent entretient avec celle-ci une relation amoureuse et sexuelle. Avec elle, il va entreprendre des voyages \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, notamment en Afrique. Lui aussi se lib\u00e8re de sa famille et des valeurs d&#8217;\u00e9conomie de sa famille et ses responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous pouvons voir que certains personnages poss\u00e8dent des m\u0153urs libres comme Sarah (p120, 122) en entreprenant une relation avec Bernard, elle se lib\u00e8re alors du carcan de la moralit\u00e9 familiale.<\/p>\n<p>Armand se d\u00e9tache des valeurs morales et familiales car il s&#8217;oppose aux croyances religieuses de son p\u00e8re et il pousse sa s\u0153ur vers Bernard (p120-122)&#8221;<em>lorsque, d&#8217;un geste effront\u00e9, il rapprochait et for\u00e7ait de se rencontrer leurs deux fronts<\/em>&#8221;<\/p>\n<p>Edouard est lui aussi libre car il \u00e9crit un roman, la forme d&#8217; \u00e9criture la plus libre: p.203<em>\u00abEst-ce parce que, de tous les genres litt\u00e9raires, discourait \u00c9douard, le roman reste le plus libre, le plus lawless\u2026\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, certains des personnages du roman ne jouissent pas d&#8217;une libert\u00e9 totale.<\/p>\n<p>Dans son roman, Andr\u00e9 Gide souhaite d\u00e9noncer surtout une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les normes emp\u00eachent l&#8217;Homme d&#8217;\u00eatre libre. En effet il souhaite d\u00e9noncer l&#8217;existence de &#8220;faux-monnayeurs de l&#8217;esprit&#8221; qui se croient &#8220;lib\u00e9r\u00e9s&#8221; sans l&#8217;\u00eatre.<\/p>\n<p>On peut le voir avec le personnage de Laura. Son aventure avec Vincent l\u2019arrache \u00e0 l\u2019univers routinier et fade avec Douviers. Loin des siens elle se sent \u00ab libre \u00bb mais finalement par l&#8217;aveu d&#8217;adult\u00e8re rejoint &#8220;le monde des limitations morales&#8221; en repartant vers son mari, qui a accept\u00e9 l&#8217;enfant qu&#8217;elle porte m\u00eame s&#8217;il ne vient pas de lui.<\/p>\n<p>Ensuite on le voit \u00e9galement avec Bernard, ayant fugu\u00e9 de son domicile familial, qui retourne au foyer \u00e0 la fin du roman, sacrifiant ses r\u00eaves au profit du confort bourgeois.<\/p>\n<p>Lilian Griffith quant \u00e0 elle ne jouit pas d&#8217;une libert\u00e9 totale, elle est oblig\u00e9e de mentir pour les convenances sociales. Elle doit entretenir secr\u00e8tement sa relation avec Vincent, en effet elle le fait venir le soir et lui donne les cl\u00e9s: p.63 \u00ab<em>Elle les accompagna vers l&#8217;antichambre, puis, comme Robert passait devant, glissa dans la main de Vincent un petit objet de m\u00e9tal et chuchota: Sors avec lui, tu reviendras dans un quart d&#8217;heure.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Nous pouvons constater que certains personnages sont profond\u00e9ment ancr\u00e9s dans les conventions de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils vivent.<\/p>\n<p>On peut le voir avec les femmes du roman, qui n&#8217;occupent pas une place centrale dans l\u2019\u0153uvre. En effet celles-ci de mani\u00e8re symbolique occupent la place que la soci\u00e9t\u00e9 leur a attribu\u00e9e.<\/p>\n<p>Pauline Molinier, qui est donc la femme d&#8217;Oscar Molinier et la m\u00e8re d&#8217;Olivier, est d\u00e9crite comme une femme silencieuse qui n&#8217;a pas son mot \u00e0 dire, pour sauver les apparences. Son mari la trompe (Georges le d\u00e9couvre) et elle le sait aussi, mais fait tout pour garder cette fa\u00e7ade. Elle se sait donc tromp\u00e9e mais se r\u00e9signe et reste aux c\u00f4t\u00e9s de son mari malgr\u00e9 la souffrance qu&#8217;elle ressent. <em>&#8220;j\u2019ai restreint mon bonheur ; d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, j\u2019ai d\u00fb en rabattre; une \u00e0 une, j\u2019ai raccourci mes esp\u00e9rances. J\u2019ai c\u00e9d\u00e9 ; j\u2019ai tol\u00e9r\u00e9 ; j\u2019ai feint de ne pas comprendre, de ne pas voir\u2026&#8221;<\/em><\/p>\n<p>Quand \u00e0 Marguerite Profentidieu, elle s&#8217;est mari\u00e9e et s&#8217;est li\u00e9e \u00e0 Alb\u00e9ric Profitendieu non pas par amour mais par convenance sociale. Elle regrette de ne pas avoir quitt\u00e9 son mari quand elle en avait l&#8217;occasion p.31: <em>\u00abAh! Je n\u2019aurais pas d\u00fb revenir\u00bb<\/em><\/p>\n<p>D&#8217;autres personnages ne sont pas libres moralement, ceux-ci sont &#8220;emprisonn\u00e9s&#8221; dans des institutions traditionnelles comme la justice, la religion ou encore l&#8217;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Gide montre \u00e0 travers son \u0153uvre, des personnages qui n&#8217;agissent pas justement, n&#8217;ont pas le choix et se retrouvent prisonniers entre la justice et les liens affectifs et sociaux.<\/p>\n<p>En effet on peut le voir avec Molinier et Profitendieu qui souhaitent prot\u00e9ger leurs semblables. En effet, lorsque le scandale des orgies et de la fausse monnaie leur parvient, ils pr\u00e9f\u00e8rent fermer les yeux et ne pas &#8220;poursuivre&#8221; ou &#8220;compromettre&#8221; des &#8220;familles respectables&#8221;. Par contre, la violence contre les prostitu\u00e9es qui ont \u00e9t\u00e9 pay\u00e9es pour participer \u00e0 ces orgies leur para\u00eet justifi\u00e9e: <em>\u00ab Ah ! par exemple, faites coffrer les femmes ! \u00e7a, je vous l&#8217;accorde volontiers ; il me para\u00eet que nous avons affaire ici \u00e0 quelques cr\u00e9atures d&#8217;une insondable perversit\u00e9 et dont il importe de nettoyer la soci\u00e9t\u00e9. Mais, encore une fois, ne vous saisissez pas des enfants ; contentez-vous de les effrayer, puis couvrez tout cela l&#8217;\u00e9tiquette&#8221;ayant agi sans discernement&#8221; et qu&#8217;ils restent longtemps \u00e9tonn\u00e9s d&#8217;en \u00eatre quittes pour la peur. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>Pour conclure, nous avons parl\u00e9 de la libert\u00e9 apparente des personnage et comment nous l\u2019avons rep\u00e9r\u00e9. Ensuite dans une seconde partie, nous avons montr\u00e9 que certains personnages ne jouissent pas d\u2019une libert\u00e9 totale\u00a0: on peut donc r\u00e9pondre \u00e0 la probl\u00e9matique en disant que nous avons la libert\u00e9 physique et morale, avec certains personnages dont Bernard. Ils peuvent \u00eatre libres en se s\u00e9parant de la famille ou des responsabilit\u00e9s. Cependant Gide montre que beaucoup de personnages, ne sont pas libres, car la soci\u00e9t\u00e9 emp\u00eache les Hommes d\u2019\u00eatre libres.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em>Thia-Pow-Sing<\/em><\/p>\n<p class=\"bawpvc-ajax-counter\" data-id=\"374\"> (26)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 Gide est n\u00e9 en 1869, il est l\u2019un des pr\u00e9curseurs du Nouveau Roman. Il fonde en 1908 la Nouvelle Revue Fran\u00e7aise. Le roman Les Faux-Monnayeurs est le premier roman qu\u2019il ait jamais \u00e9crit. 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