{"id":366,"date":"2017-11-30T18:47:46","date_gmt":"2017-11-30T17:47:46","guid":{"rendered":"http:\/\/portail.lapossession.ac-reunion.fr\/wordpress\/blogtl-2014\/?p=366"},"modified":"2017-11-30T18:47:46","modified_gmt":"2017-11-30T17:47:46","slug":"les-faux-monnayeurs-et-la-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/portail.lapossession.ac-reunion.fr\/wordpress\/blogtl-2014\/?p=366","title":{"rendered":"Les Faux-monnayeurs et la politique"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"text-decoration: underline\">\u00a0Les Faux monnayeurs<\/span> est un roman d&#8217;Andr\u00e9 Gide publi\u00e9 en 1925. Deux ans plus tard, le Journal des Faux monnayeurs est \u00e0 son tour publi\u00e9. L&#8217;oeuvre de Gide aborde de nombreux th\u00e8mes et nous nous int\u00e9resserons plus particuli\u00e8rement \u00e0 celui de la politique. En effet, dans cette p\u00e9riode d&#8217;entre-deux guerres, le clivage entre les partis politiques n&#8217;a fait que s&#8217;accentuer. On peut alors se demander comment la politique est repr\u00e9sent\u00e9e dans ces \u0153uvres. Dans un premier temps nous \u00e9voquerons le multipartisme relatif \u00e0 cette \u00e9poque, puis nous \u00e9voquerons la place de l\u2019individu dans la soci\u00e9t\u00e9 et enfin nous d\u00e9crirons le mode d&#8217;op\u00e9ration employ\u00e9 par Gide pour int\u00e9grer la politique dans son roman pur.<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pendant cette p\u00e9riode, la politique fran\u00e7aise est repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 travers trois grandes familles, que Gide \u00e9voque dans son journal \u00e0 la page 27 : \u00ab Les trois positions : socialiste, nationaliste, chr\u00e9tienne \u00bb. Le socialisme (doctrine politique et \u00e9conomique qui vise, \u00e0 l&#8217;inverse du mod\u00e8le lib\u00e9ral, \u00e0 r\u00e9former le syst\u00e8me de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production et d&#8217;\u00e9change et \u00e0 l&#8217;appropriation de ceux-ci par la collectivit\u00e9) est d\u00e9fendu par le groupe des Argonautes, un groupe qui compte pour membre Passavant et qui est pr\u00e9sent\u00e9 entre les pages 315 et 316 du roman. Le nationalisme (th\u00e9orie politique qui affirme la pr\u00e9dominance de l&#8217;int\u00e9r\u00eat national par rapport aux int\u00e9r\u00eats des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communaut\u00e9 internationale) a, dans le roman, Barr\u00e8s comme figure de proue. La d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne (courant de pens\u00e9e politique et religieuse qui pr\u00f4ne les valeurs v\u00e9hicul\u00e9es par l\u2019\u00c9glise, qui place l&#8217;homme au centre des pr\u00e9occupations et consid\u00e8re que l\u2019\u00c9tat doit conserver un pouvoir d&#8217;intervention dans la soci\u00e9t\u00e9, notamment dans l&#8217;\u00e9conomie) est quant \u00e0 elle \u00e9voqu\u00e9e par l&#8217;interm\u00e9diaire de Maurras.<\/p>\n<p>Ce multipartisme s&#8217;est enracin\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise suite \u00e0 la guerre. En effet, elle a eu pour effet de renforcer les positions des diff\u00e9rents groupes dans l&#8217;\u00e9chiquier politique fran\u00e7ais. Dans son <span style=\"text-decoration: underline\">Journal<\/span>, Gide parle de cette prise de position dans sa production du 30 juillet (page 27) : \u00ab chacun trouvant dans la guerre un argument, et ressortant de l&#8217;\u00e9preuve un peu plus enfonc\u00e9 dans son sens \u00bb et aux pages 27\/28 \u00ab chacune [les positions] instruite et fortifi\u00e9e par l&#8217;\u00e9v\u00e8nement. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans le roman des <span style=\"text-decoration: underline\">Faux monnayeurs<\/span> Gide approfondit ce th\u00e8me de l&#8217;enracinement des partis politiques dans l&#8217;esprit des Fran\u00e7ais en nous faisant r\u00e9fl\u00e9chir sur la place que peut occuper l\u2019individu dans le groupe, et le risque pour lui de devoir nier sa singularit\u00e9 pour se fondre dans la communaut\u00e9. On a le cas d&#8217;Olivier qui embrasse l&#8217;id\u00e9ologie socialiste d\u00e9fendue par Passavant, mais sans r\u00e9ellement partager ces valeurs. Son opinion va se confondre avec celle de Passavant notamment entre les pages 284 et 288 (lors de sa discussion avec Bernard \u00e0 la sortie de son \u00e9preuve de Bac), o\u00f9 il d\u00e9fendra que &#8220;la v\u00e9rit\u00e9 , c&#8217;est l&#8217;apparence , que le myst\u00e8re c&#8217;est la forme, et que ce que l&#8217;homme a de plus profond c&#8217;est sa peau&#8221;. Une phrase qui ne refl\u00e8te pas son opinion comme nous l&#8217;enseignent les expressions suivantes : &#8220;Cette derni\u00e8re phrase , Olivier la tenait de Passavant&#8221;(p.285), &#8220;Olivier ne tenait pas particuli\u00e8rement \u00e0 ce qu&#8217;il venait d&#8217;exprimer tout \u00e0 l&#8217;heure&#8221; (p.287). Une absence de conviction et d&#8217;opinion propre que Bernard regrette et d\u00e9nonce: &#8220;Eussent-elles \u00e9taient authentiquement les id\u00e9es d&#8217;Olivier [&#8230;] ; mais il sentait quelqu&#8217;un de cach\u00e9 derri\u00e8re [Passavant]).<\/p>\n<p>Bernard va \u00e9largir ce probl\u00e8me d&#8217;assimilation de la pens\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me soci\u00e9tal, un enjeu qui touche le peuple fran\u00e7ais dans son enti\u00e8ret\u00e9 et qui nuit \u00e0 la politique du pays. Page 285 &#8220;Avec de pareilles id\u00e9es, on empoisonne la France&#8221;. Il oppose &#8220;l&#8217;esprit d&#8217;insouciance&#8221; (p.286) arbor\u00e9 par Olivier \u00e0 &#8220;l&#8217;esprit fran\u00e7ais&#8221; qu&#8217;il pr\u00e9sente comme &#8220;un esprit d&#8217;examen, de logique&#8221; : en somme un esprit critique. Bernard incarne cet esprit critique qui fait de lui un citoyen fran\u00e7ais \u00e0 part enti\u00e8re, il assume ses opinions : &#8220;je m&#8217;en fous ; j&#8217;avais besoin de dire \u00e7a&#8221;. On retrouve ce besoin de Bernard d&#8217;explorer sa libert\u00e9 d&#8217;opinion au moment o\u00f9 il quittera sa famille apr\u00e8s la d\u00e9couverte de sa b\u00e2tardise, la situation de Bernard est donc comparable \u00e0 celle du \u00ab bourgeon terminal \u00bb dont Vincent parle dans son apologue d&#8217;ordre \u00e9thique voire politique. Gide d\u00e9plore donc la perte de consistance de la population face aux id\u00e9ologies politiques de l&#8217;\u00e9poque, encourage \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 l&#8217;esprit critique quand il est question de politique. Il rappelle la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte aussi bien l\u2019\u00e9panouissement individuel que la coh\u00e9sion du groupe, sans privil\u00e9gier l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Gide cherche \u00e0 \u00ab forcer le lecteur \u00bb \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur certains probl\u00e8mes de son \u0153uvre, il va donc d\u00e9velopper la politique implicitement. Trois allusions nominatives dans la premi\u00e8re partie sont importantes pour l&#8217;enjeu politique de l&#8217;oeuvre : Maurras, dont le journal quotidien (&#8220;l&#8217;Action fran\u00e7aise&#8221;) est \u00e9voqu\u00e9 au chapitre 1 lorsque Bernard rejoint un groupe d&#8217;adolescents discutant de litt\u00e9rature et de politique; Barr\u00e8s, qui est mentionn\u00e9 dans une discussion entre Olivier et Bernard au chapitre 3 \u00ab Dis, tu crois que Barr\u00e8s sera \u00e9lu ? \u00bb; et enfin au chapitre 12, Edouard reprend l&#8217;expression de Paul Bourget \u00ab\u00a0 la famille cette cellule sociale \u00bb. La phrase de Bourget renvoie au th\u00e8me de la famille mais l&#8217;utilisation de celle-ci par Edouard la d\u00e9tourne de son sens premier puisqu&#8217;il associe la famille \u00e0 une prison. Gide oppose un jugement positif port\u00e9 par Bourget sur la famille \u00e0 un jugement n\u00e9gatif exprim\u00e9 par le titre d&#8217;Edouard \u00ab r\u00e9gime cellulaire \u00bb, cet usage que fait Edouard de cette phrase de Bourget \u00e9claire donc le probl\u00e8me implicite de la fugue de Bernard : la libert\u00e9 de devenir soi-m\u00eame suppose donc de s&#8217;\u00e9loigner du cadre familial. M\u00eame si les allusions aux trois auteurs ne sont pas faites dans un m\u00eame chapitre, une perspective de lecture est donn\u00e9e aux lecteurs. Il pourra donc \u00e9tablir un rapprochement entre la pens\u00e9e politique de Bourget et de Maurras d&#8217;une \u00ab politique naturelle \u00bb bas\u00e9e sur le mod\u00e8le critiqu\u00e9 par Edouard, la cellule familiale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour conclure, nous pouvons dire que Gide expose dans son \u0153uvre <span style=\"text-decoration: underline\">Les Faux Monnayeurs<\/span>, en plus de r\u00e9flexions litt\u00e9raires, des id\u00e9es d\u2019ordre politique telles que l\u2019appartenance \u00e0 un groupe ou encore les divers partis politiques renforc\u00e9s dans ce contexte d\u2019apr\u00e8s-guerre. L\u2019auteur fait le choix d\u2019introduire implicitement la politique dans son roman pour forcer le lecteur \u00e0 d\u00e9velopper son esprit critique. Une utilisation qui entre en r\u00e9sonance avec cette citation tir\u00e9e de son journal &#8220;Inqui\u00e9ter tel est mon r\u00f4le&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em>Infante, Kalombo, Plasse<\/em><\/p>\n<p class=\"bawpvc-ajax-counter\" data-id=\"366\"> (26)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Les Faux monnayeurs est un roman d&#8217;Andr\u00e9 Gide publi\u00e9 en 1925. Deux ans plus tard, le Journal des Faux monnayeurs est \u00e0 son tour publi\u00e9. L&#8217;oeuvre de Gide aborde de nombreux th\u00e8mes et nous nous int\u00e9resserons plus particuli\u00e8rement \u00e0 celui de la politique. 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