{"id":324,"date":"2016-05-25T14:28:08","date_gmt":"2016-05-25T12:28:08","guid":{"rendered":"http:\/\/portail.lapossession.ac-reunion.fr\/wordpress\/blogtl-2014\/?p=324"},"modified":"2016-05-25T14:28:08","modified_gmt":"2016-05-25T12:28:08","slug":"un-temps-bouleverse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/portail.lapossession.ac-reunion.fr\/wordpress\/blogtl-2014\/?p=324","title":{"rendered":"Un temps boulevers\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Le th\u00e9\u00e2tre grec n\u2019est pas soumis comme le th\u00e9\u00e2tre classique fran\u00e7ais \u00e0 la r\u00e8gle des trois unit\u00e9s. N\u00e9anmoins, par son unit\u00e9 de lieu et de temps, \u0152dipe roi se pr\u00e9sente comme une pi\u00e8ce tr\u00e8s rigoureusement construite. En outre, la repr\u00e9sentation du temps qu\u2019elle nous offre est caract\u00e9ristique de la trag\u00e9die : le temps n\u2019y est pas lin\u00e9aire mais cyclique, privant le h\u00e9ros de tout avenir et sujet aux dieux, de plus Sophocle a gr\u00e2ce \u00e0 de nombreux proc\u00e9d\u00e9s transform\u00e9 l\u2019allure du r\u00e9cit ainsi que sa chronologie. N\u00e9anmoins, le cin\u00e9ma permet plus facilement de bouleverser le temps car ce support permet de relier facilement les \u00e9v\u00e8nements gr\u00e2ce aux sens du spectateur, ainsi le film \u00ab \u0152dipe Roi \u00bb de Pier Paolo Pasolini retranscrit avec pr\u00e9cision cela. Nous pouvons alors nous demander comment le temps est d\u00e9form\u00e9 dans les \u0153uvres de Sophocle et Pasolini. Nous verrons dans un premier temps l\u2019allure du r\u00e9cit puis comment la chronologie des \u00e9v\u00e8nements est renvers\u00e9e.<!--more--><\/p>\n<p>I) Le rythme du r\u00e9cit<\/p>\n<p>Ainsi le r\u00e9cit dans les deux \u0153uvres s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et ralentit brusquement.<br \/>\nNous pouvons voir dans le film que la partie centrale (entre le prologue et l\u2019\u00e9pilogue) peut \u00eatre divis\u00e9e en deux sections. La premi\u00e8re, o\u00f9 \u0152dipe part de Corinthe pour entendre les paroles de la Pythie mais dans laquelle il va aussi accomplir le premier pas de la mal\u00e9diction, le parricide, puis arriver \u00e0 Th\u00e8bes : l\u2019action est comme fig\u00e9e dans le temps, voire contemplative, Pasolini d\u00e9veloppe pleinement  ici, gr\u00e2ce aux effets de cadrage et de montage, ce qu\u2019il nomme \u00ab son cin\u00e9ma de po\u00e9sie \u00bb : avec des visions floues d\u2019\u0152dipe \u00e0 Delphes, des \u00e9blouissements multiples et des effets de contre\u2010jour ainsi que de nombreux plans d\u2019ensemble o\u00f9 \u0152dipe est souvent montr\u00e9 seul face \u00e0 des terres paraissant infinies. Par la suite, le r\u00e9cit subit dans la deuxi\u00e8me section une v\u00e9ritable acc\u00e9l\u00e9ration dramatique : l\u2019\u00e9pilogue de Sophocle (tr\u00e8s long dans la pi\u00e8ce) est ainsi r\u00e9sum\u00e9 par Pasolini qui fait dispara\u00eetre le discours du messager, remplac\u00e9 par la sc\u00e8ne vue en direct par le spectateur, il y a de plus une suppression de l\u2019\u00e9change avec Cr\u00e9on. La fin est totalement modifi\u00e9e : chez Sophocle, \u0152dipe doit rester et attendre que Cr\u00e9on re\u00e7oive l\u2019avis de l\u2019oracle ; chez Pasolini qui s\u2019inspire de l\u2019\u0152dipe \u00e0 Colone, il part. Ainsi, le r\u00e9cit se d\u00e9roule sans que l\u2019on puisse vraiment r\u00e9aliser combien de jours passent car aucun indice temporel n\u2019est donn\u00e9. De plus le prologue et l\u2019\u00e9pilogue se d\u00e9roulent tous deux tr\u00e8s lentement. Dans la pi\u00e8ce de Sophocle, la recherche du r\u00e9gicide est longue et complexe comme si cette qu\u00eate de justice mais aussi d\u2019identit\u00e9 pour \u0152dipe s\u2019\u00e9ternisait. N\u00e9anmoins, lorsque la v\u00e9rit\u00e9 est sur le point d\u2019\u00e9clater le r\u00e9cit s\u2019acc\u00e9l\u00e8re comme si la marche du destin s\u2019\u00e9tait enclench\u00e9e in\u00e9vitablement.  <\/p>\n<p>De plus, les deux \u0153uvres occultent certains \u00e9l\u00e9ments du mythe. Dans le film, de nombreuses ellipses ont lieu pour rendre l\u2019histoire plus fluide ou pour rendre les \u00e9v\u00e8nements plus tragiques. Par exemple, nous pouvons remarquer une ellipse entre la sc\u00e8ne de la lune de miel entre \u0152dipe et Jocaste et la sc\u00e8ne o\u00f9 le spectateur voit les corps touch\u00e9s par la peste : cette ellipse a pour effet de montrer l\u2019aspect indigne de la relation entre \u0152dipe et sa m\u00e8re. Nous pouvons aussi citer l\u2019encha\u00eenement de quatre sc\u00e8nes \u00e0 la fin du film o\u00f9 nous pouvons voir la complexit\u00e9 de la relation entre ces deux personnages, dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne \u0152dipe a la t\u00eate sur les genoux de Jocaste avec des jeux plong\u00e9e\/contre\u2010plong\u00e9e dans l\u2019\u00e9change des regards m\u00e8re\/enfant, ce qui rappelle le prologue o\u00f9 la m\u00e8re donne le sein \u00e0 son enfant ; il y a donc ici une relation m\u00e8re\/fils entre le couple puis nous passons \u00e0 deux sc\u00e8nes o\u00f9 Jocaste et \u0152dipe sont debout et se donnent la main, ce qui rappelle une relation de couple puis par une ellipse les deux personnages se retrouvent dans le lit conjugal ce qui renforce leur relation mari\/femme, \u0152dipe appelant malgr\u00e9 tout Jocaste : \u00ab Maman \u00bb :cette confirmation de la mal\u00e9diction est directe et nous frappe, autant que Jocaste et \u0152dipe ; le spectateur passe de la relation \u00e9poux\/\u00e9pouse ayant des attitudes maternelles, au couple m\u00e8re\/fils dans le lit conjugal. On voit l\u00e0 un contraste qui vient renforcer l\u2019ironie tragique de l\u2019histoire. De surcro\u00eet, dans le livre les diff\u00e9rentes sc\u00e8nes et actes sont s\u00e9par\u00e9s par des r\u00e9sum\u00e9s par exemple entre le quatri\u00e8me \u00e9pisode et l\u2019Exodos o\u00f9 le spectateur comprend que Cr\u00e9on est devenu roi. Cela permet d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>II) Une chronologie boulevers\u00e9e<\/p>\n<p>En effet, la chronologie des deux \u0153uvres est disloqu\u00e9e. Par cons\u00e9quent dans la trag\u00e9die de Sophocle, le r\u00e9cit se d\u00e9roule apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e d\u2019\u0152dipe et ce n\u2019est que gr\u00e2ce \u00e0 des analepses que son histoire est cont\u00e9e, par exemple gr\u00e2ce au pr\u00eatre qui \u00e9nonce les exploits d\u2019\u0152dipe dans le Prologue. Ainsi, la pi\u00e8ce d\u00e9bute d\u00e8s l\u2019annonce de la mal\u00e9diction qui s\u2019abat sur Th\u00e8bes contrairement au film de Pasolini o\u00f9 l\u2019histoire d\u2019\u0152dipe est cont\u00e9e chronologiquement mais o\u00f9 le prologue et l\u2019\u00e9pilogue n\u2019appartiennent pas au cadre spatio-temporel du mythe d\u2019\u0152dipe puisque nous pouvons deviner que le prologue se d\u00e9roule dans les ann\u00e9es 20 en Lombardie et l\u2019\u00e9pilogue se positionne dans les ann\u00e9es 60 \u00e0 Bologne. Ainsi, Pasolini passe d\u2019\u00e9poque en \u00e9poque sans se pr\u00e9occuper de la chronologie du mythe.<\/p>\n<p>En outre, le film change aussi d\u2019\u00e9poque gr\u00e2ce \u00e0 des analogies, par exemple le prologue et la partie centrale du film sont li\u00e9s par plusieurs \u00e9l\u00e9ments : la fl\u00fbte et le fait que \u0152dipe ait les pieds serr\u00e9s (soit par les mains de son p\u00e8re ou par des cordages). De plus, les acteurs introduisent cette analogie : ainsi Silvana Mangano est \u00e0 la fois la m\u00e8re du prologue (assimil\u00e9e \u00e0 celle de Pasolini) mais aussi celle d\u2019\u0152dipe, Jocaste ou encore Ninetto Davoli est le Messager puis Angelo dans l\u2019\u00e9pilogue.<br \/>\nPasolini joue aussi avec le temps gr\u00e2ce \u00e0 des annonces de certains objets avant que leur v\u00e9ritable utilit\u00e9 soit montr\u00e9e ; par exemple le gros plan sur la broche de Jocaste avant qu\u2019\u0152dipe ne s\u2019en serve pour s\u2019aveugler. Ou encore lorsque Jocaste regarde pr\u00e9alablement la poutre avec laquelle elle va se pendre. De plus, la pi\u00e8ce et le film utilisent des prolepses pour accentuer l\u2019aspect tragique du destin d\u2019\u0152dipe, par exemple lorsque Tir\u00e9sias et \u0152dipe se rencontrent pour la premi\u00e8re fois, l\u2019aveugle le met en garde sur l\u2019infirmit\u00e9 qu\u2019il subira aussi. La mal\u00e9diction \u00e9nonc\u00e9e plusieurs fois dans chacune des \u0153uvres montre l\u2019aspect in\u00e9vitable du destin d\u2019\u0152dipe.<br \/>\nEt ainsi le pr\u00e9sent renvoie au pass\u00e9 et au futur gr\u00e2ce \u00e0 ces nombreux proc\u00e9d\u00e9s.<\/p>\n<p>Conclusion :<\/p>\n<p>Pour conclure nous pouvons dire que les deux \u0153uvres jouent sur la chronologie des \u00e9v\u00e9nements ainsi que sur de nombreux proc\u00e9d\u00e9s (comme les prolepses ou les analepses), ce qui a pour effet de rendre l\u2019histoire d\u2019\u0152dipe universelle car cette derni\u00e8re est plac\u00e9e hors d\u2019un cadre spatio-temporel pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Laude L\u00e9a, Rivi\u00e8re Thomas, Vignon Sarah<\/p>\n<p class=\"bawpvc-ajax-counter\" data-id=\"324\"> (0)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e9\u00e2tre grec n\u2019est pas soumis comme le th\u00e9\u00e2tre classique fran\u00e7ais \u00e0 la r\u00e8gle des trois unit\u00e9s. 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